De 1800 à 1900

LA REVOLUTION VA SONNER L’ABANDON DE NEYRAC JUSQU’EN 1830, bien qu’en 1803, un médecin d’Aubenas (Embry) écrive dans l’annuaire de l’Ardèche An XI : « les eaux et les bains de Neyrac deviendront un jour fameux et très utiles. La tradition et l’usage journalier constatent qu’on les a employés avantageusement dans les maladies cutanées. »

LE BOUILLONEMENT DE LA REVOLUTION va provisoirement infléchir le destin des stations thermales. Les riches propriétaires des sources et différentes congrégations religieuses, sont dépossédés de leurs biens par la loi du 24 août 1793 ; les bains sont désormais « bains nationaux », les eaux minérales « ressources publiques » et gratuitement utilisées par les patriotes et les indigents.

APRES L’ECLIPSE PROVISOIRE DE LA REVOLUTION, les bains reprennent leurs activités : la noblesse « royale » a, certes, déserté les stations, mais elle est remplacée rapidement par la noblesse d’Empire. Ainsi l’impératrice Joséphine fait une cure à Aix-les-Bains, en compagnie de la mère de Napoléon et de Pauline Bonaparte. Talleyrand est un habitué de Bourbon-l’Archambault. En 1834, un médecin d’Aix-les-Bains précise qu’un bain-douche pour… un cheval coûte 25 centimes.

DE 1831 A 1850, DES MEDECINS DE L’ARDECHE ET DE LA HAUTE-LOIRE font des essais thérapeutiques avec les eaux et les boues de Neyrac. Les baignoires sont en bois et il n’existe pas d’infrastructures pour accueillir les malades. Le Docteur Francus écrira en 1892 : « Je me souviens des premiers temps où on allait prendre les eaux à Neyrac. Comme il n’y avait ni hôtel, ni établissement de bains, on se procurait une baignoire chez le paysan où on était logé, puis on envoyait chercher de l’eau minérale et on la faisait chauffer à plein chaudron. C’était primitif mais l’on obtenait pas moins des cures miraculeuses . »

LA PERIODE FASTE DE NEYRAC VA DE 1851, date à laquelle le ministre de l’Intérieur autorise la construction d’un établissement thermal et l’utilisation des sources à des fins médicales, jusqu’à la guerre de 1870.

LA PROPRIETE DE LA STATION CHANGE PLUSIEURS FOIS DE MAINS jusqu’à arriver en totalité dans celles d’Ignace Reymondon, architecte à Privas. Celui-ci, dès 1851, fit un effort sérieux pour réussir : grâce à lui Neyrac se dote d’un établissement de bain, d’un hôtel, d’une chapelle, de routes. Le premier pont de pierre pour franchir l’Ardèche et relier la route nationale à Neyrac sera construit en 1850.

LA STATION ATTIRE LES MEDECINS ETRANGERS notamment espagnols (on cite l’eau de Neyrac comme n’ayant qu’un seul équivalent…aux Açores !). Les espagnols (curistes et médecins) viendront pendant quelques années à Neyrac (de 1866 à 1869).

UN PROFESSEUR ALLEMAND, le Dr Mitscherlich de Berlin fait le déplacement plusieurs fois et lors de son dernier voyage en 1856 déclare : « Si nous avions en Allemagne une semblable richesse d’eaux minérales à exploiter dans un site aussi ravissant et un climat aussi doux, l’on y dépenserait des millions. »

OUTRES DE NOMBREUX OUVRAGES ET PUBLICATIONS EDITES A CETTE EPOQUE, Neyrac se fait connaître grâce à ses pommades fabriquées à partir de 1852. Les sédiments de Neyrac figureront même dans une vitrine de l’Exposition Universelle de Paris en 1855. Cela attire les scientifiques car les résultats font apparaître du molybdène, ce qui étonne et donne lieu à des controverses. Des essais thérapeutiques se multiplient dans les hôpitaux de Lyon et de Marseille.

C’EST INDUBITABLEMENT SOUS LE SECOND EMPIREQUE LE THERMALISME connaîtra son véritable et premier âge d’or. Napoléon III lancera Vichy – la reine des villes d’eau – où il fera 5 cures entre 1861 et 1866 et fréquentera Plombières et Saint-Sauveur. Quant à l’impératrice Eugénie, elle fera prospérer le petit village landais de Saint-Aubouer qui deviendra Eugénie-les-Bains en 1861. Si l’autorisation des jeux de hazard a été donnée par Napoléon Ier, dès 1806, aux stations thermales pendant la « saison » De cure uniquement, sous le règne de son neveu les casinos feront recette tout en augmentant la fréquentation des établissements thermaux.

1872-1895. LES REALISATIONS A NEYRAC PORTENT LEURS FRUITS : les curistes affluents, la meilleure année ils seront 1 500.

IL A CHALEUREUSEMENT VANTE LES MERITES THERAPEUTIQUES DES EAUX DE NEYRAC. Il fut le plus fidèle baigneur car il y vint pour la première fois en 1870 et y fit 59 saisons consécutives !… Il n’y allait pas pour des soins dermatologiques mais pour le bien-être et le rajeunissement que lui procurait chaque cure comme il l’a écrit longuement dans ses lettres sur Neyrac-les-Bains. C’est à cette époque que la Mofette servira à prendre des bains de gaz carbonique.

COMME PAR LE PASSE, après cette période heureuse de vif succès, la station connaît un nouveau déclin.
Le Dr J. Carrera, secrétaire de l’Académie de Médecine de Barcelone, critique les « projets d’amélioration et d’agrandissement qui sont anciens et ne se réalisent jamais… que le déplacement à Thueyts pour se loger est incompatible avec le repos prescrit après le bain. » Ainsi les avocats et hautes personnalités espagnoles, habituées à d’autres commodités, déserteront la Station, malgré la valeur des eaux.

DANS UNE COMMUNICATION A LA SOCIETE D ’HYDROLOGIE DE PARIS, les Drs Joly, Capdevilla et Pamard écriront : « Hélas, des difficultés financières, le morcellement des terrains à la suite de décès et de dissentiments de famille arrêtèrent le bel essor de la station de Neyrac-les-Bains.

ACTUELLEMENT LES BATIMENTS : hôtel, établissement thermal, sont dans un état de vétusté lamentable, presque inexistants. Malgré cela, chaque année, deux à trois cents baigneurs viennent encore s’y soigner, se logeant comme ils peuvent chez l’habitant ou dans la riante station de Vals, où ils trouvent confort et distractions ignorés à Neyrac… »